Les Indignés du PAF veulent leur place au CSA

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Publié le 30/11/2012
Philippe Guihéneuf, cofondateur des Indignés du PAF, aux Assises internationales du journalisme de Poitiers, 2012. Crédit photo : Charlotte Bouvier.

En janvier 2013, trois nouveaux membres seront nommés au siège du CSA. Le collectif des Indignés du PAF a lancé une pétition pour faire valoir la candidature d’un « médiateur citoyen ».

[Illustration : Philippe Guihéneuf, cofondateur des Indignés du PAF, aux Assises internationales du journalisme de Poitiers, 2012. Crédit photo : Charlotte Bouvier]

 

« Les Indignés du PAF bientôt Sages au CSA ! » Tel aurait pu être le slogan de campagne de ce regroupement citoyen, excédé par le traitement de l’information délivré par les médias français.

Alors que les mandats de trois des neuf membres du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) touchent à leur fin en janvier 2013, Les Indignés du PAF ont fait savoir que Philippe Guihéneuf, cofondateur de leur collectif créé en décembre 2011, était candidat pour le remplacement d’un des futurs postes vacants. Afin d’être appuyés dans leur démarche, ils ont lancé la pétition « Faites entrer les citoyens au CSA ! ».

Une requête qui, en deux semaines, a déjà récolté plus de 4 000 signatures, et qui s’apprête à être déposée à l’Élysée, le 6 décembre prochain.

L’objectif est clair : obtenir la nomination d’un « médiateur citoyen » au sein de l’instance suprême chargée de la régulation de notre paysage audiovisuel français (PAF).

Et paf, TF1 !

Pour Les Indignés du PAF, tout commence le 6 décembre 2011. Ce jour-là, l’émission Appel d’urgence, sur TF1, diffuse un énième sujet sur les mineurs délinquants. Un « reportage » dans lequel sont filmées des agressions sur personnes âgées, censées avoir eu lieu à Paris.

Coup de théâtre, le lendemain, quand Yann Barthès, animateur du Petit Journal sur Canal +, révèle que les images mises à l’antenne par TF1 ne sont en réalité pas tournées dans la capitale française… mais aux États-Unis !

Pris en flagrant délit, TF1 rejettera toute responsabilité. La chaine écopera cependant d’une « mise en garde » du CSA. Une décision passée inaperçue, et qui n’entraîne, de toute façon, aucune sanction réelle.

 

Extrait du Petit Journal de Canal + du 7 décembre 2011 :

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De cet épisode, naissent Les Indignés du PAF, fusion des associations Les Pieds dans le PAF et Les Contestataires propositifs. Le jeune collectif (composé, d’après leur porte-parole, d’une cinquantaine de membres actifs) entend « [reprendre] le combat, pour l’honnêteté de l’information et le respect des usagers des médias ».

Rapidement, Les Indignés se mettent en marche. Ils guettent, relèvent et diffusent les écarts commis par les journalistes de tout bord, rencontrent citoyens et professionnels de l’information, et organisent des tables rondes de discussion, appelées « On refait le 20h ». Une page Facebook est créée, suivie par près de 2 500 « fans ».

Suite à ces rendez-vous, est rédigé, en mars 2012 « l’Appel des Indignés du PAF », signé par plus de 1 200 personnes, dans lequel les militants interpellent les dix candidats à la présidentielle sur leurs revendications.

Vers un « Conseil supérieur des médias »

Le collectif vise désormais le CSA, et surtout l’une des trois places qui sera libérée en janvier prochain. Comme il est d’usage, le président de la République, le président de l’Assemblée nationale, et le président du Sénat nommeront chacun un nouveau membre.

Depuis quelques jours, Les Indignés du PAF intensifient leur campagne, notamment à travers les réseaux sociaux, afin de récolter un maximum de signatures pour leur pétition « Faites entrer les citoyens au CSA ! ». Celle-ci a déjà séduit près de 4 500 personnes, issues de différents milieux. Les Indignés espèrent obtenir au moins 5 000 soutiens citoyens.

Car le 6 décembre prochain – un an pile après la diffusion du faux reportage par TF1 –, ils iront la déposer en mains propres à l’Élysée, sur le bureau de David Kessler, conseiller à la culture et aux médias auprès du président François Hollande. Ils seront également reçus, le lendemain, par son homologue en charge auprès du Premier ministre, à Matignon.

Leur candidat, Philippe Guihéneuf, cofondateur des Indignés du PAF, nous précise les objectifs de leur démarche :

« Notre but, c’est de lancer une dynamique vertueuse d’échange, de débat, et de participation, par le biais d’un médiateur citoyen. Nous voulons un échange constructif entre médias et usagers, qui permette d’analyser les dysfonctionnements et de les corriger. En tant que citoyens, nous voulons simplement que l’information que nous recevons s’améliore, et surtout qu’elle soit claire et nette. »

Quant à leur feuille de route, elle est déjà toute réfléchie :

« Le CSA, tel qu’il a été pensé lors de sa création, est aujourd’hui dépassé, continue-t’il. Il ne s’occupe que des radios et des chaines de télé. Or, depuis l’arrivée d’Internet, il n’y a plus de distanciation entre l’audiovisuel et la presse. Tout est “transmédia” aujourd’hui. Alors, nous préconisons la mise en place d’une nouvelle instance : le Conseil supérieur des médias, qui prendrait réellement en compte l’ensemble du paysage médiatique. »

Il rajoute :

« Nous voulons également la mise en place d’une charte unique de déontologie de l’information. Car actuellement, chaque média a la sienne. Même si la loi sur la liberté de la presse de 1881 et la charte de Munich de 1971 font références. En gros, nous sommes pour l’établissement et l’application de règles de déontologie communes à tous, dans le traitement de l’information. »

Pour attendre leurs objectifs, Les Indignés du PAF se font entendre. En juin, ils sont reçus au ministère de la Culture et de la Communication. Puis, à l’Assemblée nationale, ils se font également connaître auprès des députés socialistes Patrick Bloche, Martine Martinel, et Michel Françaix.

Se faire entendre certes, mais savoir écouter aussi. En octobre dernier, Les Indignés du PAF participent aux Assises internationales du journalisme et de l’information de Poitiers. L’occasion, au cours de débats publics, de poser la question qui leur semble essentielle : « Qu’attendez-vous d’un journaliste ? » D’après Philippe Guihéneuf, la synthèse des réponses est sans appel : « Il y a une perte de confiance évidente des citoyens envers les médias. Surtout, les gens réclament plus de diversité, autant dans les sujets traités, que dans les points de vue qui leur sont proposés. »

« Je suis assez optimiste »

Collège actuel du CSA. Les Indignés du PAF poseront-ils sur la prochaine photo de famille ?

Dans un peu plus d’un mois, Les Indignés du PAF sauront si leurs efforts ont porté leurs fruits. Un espoir, peut-être : lors du renouvellement des membres du CSA en 2004, l’association Les Pieds dans le PAF militait déjà pour y faire entrer un candidat citoyen. Une pétition du même type que celle des Indignés avait circulé.

Parmi les signataires, un certain… François Hollande, alors député de Corrèze et premier secrétaire du Parti socialiste. Ainsi qu’un dénommé Jean-Marc Ayrault, député de Loire-Atlantique et maire de Nantes. Arnaud Montebourg et d’autres, avaient également signé cette première pétition.

Mais, c’était un temps où le Parti socialiste était le parti d’opposition. Aujourd’hui, alors que l’échiquier politique s’est complètement inversé, leur engagement restera-t-il intact ?

Philippe Guihéneuf est confiant :

« Je suis assez optimiste et à peu près convaincu qu’ils vont faire quelque chose dans notre sens. Après, je ne sais pas “qui” ils choisiront de nommer. Moi, ou quelqu’un d’autre ? Mais je tiens à être très clair sur un point : notre objectif, c’est qu’un médiateur citoyen rentre au CSA. Si c’est moi, tant mieux. Mais si c’est quelqu’un d’autre alors, tant mieux aussi. »

 

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À consulter :
« Faites entrer les citoyens au CSA », pétition, Les Indignés du PAF.
La page Facebook des Indignés du PAF.

À lire :
« Les indignés de la télé », interview de Philippe Guihéneuf, cofondateur des Indignés du PAF, Tribords.com, 7 novembre 2012.

À voir :
« Les Nouveaux Chiens de garde » (bande-annonce), film réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, 2012.

Un Commentaire

  1. LAPEYRE

    24 mars 2013 à 15 h 56 min

    Il faut libérer tous les médias de la pression directe et indirecte des puissances de l’argent et de celle du pouvoir politique.

    Le pluralisme n’existe partiquement plus au nom de « la pensée unique ».

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