Lamine Souané : « Sénégal. Histoire d’une démocratie confisquée »

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Publié le 5/12/2012
"Sénégal. Histoire d'une démocratie confisquée"

5. Le « discours de Dakar » de Hollande.

 

La France s’est dite prête à apporter un soutien logistique en cas d’intervention militaire dans le nord du Mali. Comment est perçue cette décision par la société sénégalaise ?

Les Sénégalais sont un peu indifférents aux jeux d’influence et aux positions de la France au Nord-Mali. Vous savez, les affaires étrangères sont un domaine souvent laissé aux politiques et aux spécialistes. Les citoyens sont un peu désintéressés de la politique extérieure des États. Et je ne pense pas que ce soit spécifique au Sénégal. C’est pareil dans beaucoup de pays.

 

Que pensez-vous du « discours de Dakar » de François Hollande, prononcé en octobre dernier devant votre Assemblée nationale, en comparaison au discours de Nicolas Sarkozy de 2007, avec son très polémique : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ?

Hollande a pris le contre-pied de Sarkozy, même s’il ne le revendique pas. Hollande a évoqué l’Afrique comme un continent d’avenir, qui contient une jeunesse active et des potentialités économiques énormes.

Concernant le discours de Sarkozy, c’était une lamentable erreur historique, teintée d’une méconnaissance de l’Afrique. Au fond, cette phrase de Sarkozy est inconséquente et absurde parce-que contredite par les faits.

Juste un constat banal est significatif : la France noue des partenariats et des relations historiques de coopération avec les États africains et se démène pour avoir des rapports privilégiés avec certains de ces États. Et, dans le même temps, son président déclare que les Africains « ne sont pas assez entrés dans l’histoire ». Cela pose un problème. Comment peut-on coopérer et nouer des relations privilégiées avec des « barbares » ?

Ce qui est regrettable, c’est que Nicolas Sarkozy ait tenu ce genre de discours au sein de l’Université de Dakar, qui porte le nom de l’illustre Cheikh Anta Diop : un savant sénégalais qui a démontré avec des thèses, jusqu’à ce jour irréfutables, que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Voilà quelqu’un qui s’est inlassablement battu, à travers ses écrits, pour la revendication de l’identité nègre et la réhabilitation des valeurs noires.

Donc, du point de vue symbolique, le discours de Nicolas Sarkozy était une offense à la mémoire de Cheikh Anta Diop et de tous les Africains. C’est dommage, car un tel discours laisse des traces néfastes dans la conscience des jeunes africains.

 

Le discours de Hollande devant l’Assemblée nationale sénégalaise est intéressant par rapport à votre livre. Le président français a fortement insisté sur la « vitalité » de la démocratie sénégalaise, en saluant cette « valeur universelle » qui est « défendue » aussi bien chez vous qu’en France. Tout en rajoutant que, sur ce point : « Le Sénégal est un exemple pour l’Afrique ». Alors que vous, vous parlez de « démocratie confisquée ».

Quelle est votre réaction à ce sujet ?

Incontestablement, le Sénégal est une référence en matière de démocratie en Afrique. Mais, comme je l’ai expliqué, on ne doit pas s’endormir sur nos lauriers. Car la démocratie est un long processus jamais achevé. Nous nous devons de rester constamment dans une vigilance maximale.

 

Tout autre chose. C’est drôle car vous racontez dans votre livre que pendant les élections sénégalaises, le slogan politique d’Abdoulaye Wade était « sopi » [« changement » en wolof]. Avec Abdou Diouf, – dont vous précisez d’ailleurs que le conseiller en communication était le Français Jacques Séguéla – le slogan était : « Le changement dans la continuité ». En France, on a connu « Le changement, c’est maintenant » de François Hollande.

Le « changement », un slogan politique facile et gagnant ?

Le changement est un slogan politique semble-t-il, qui fait rêver. Quoi qu’on dise, les peuples ont besoin qu’on les fasse rêver avec des promesses d’un avenir meilleur.

Macky Sall, notre nouveau président, avait comme slogan de campagne « Yonu Yokuté », soit « La voie de la prospérité », en wolof. En Côte d’Ivoire, Ouattara avait choisi « La solution finale »… Les batailles politiques se gagnent souvent dans l’imaginaire social.

 

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Un Commentaire

  1. basery

    18 octobre 2013 à 13 h 14 min

    laine, t’a une vsin un eu étriquée de la déocratiqie, fais un détour sur l’histoire et la sociologie our corendre tute démocratiqe trouve sa quintessebnce dans ses deux pôles

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