Lamine Souané : « Sénégal. Histoire d’une démocratie confisquée »

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Publié le 5/12/2012
"Sénégal. Histoire d'une démocratie confisquée"

4. Démocratie sénégalaise et démocratie occidentale.

 

Vous évoquez un moment le Mai 68 français et ses répercussions au Sénégal. Vous dites que le Mai 68 sénégalais a été marqué par un affrontement frontal avec le pouvoir en place. Au contraire du mouvement français qui, lui, revendiquait plutôt la libéralisation des mœurs.

N’est-ce pas un peu la vision « romantique » et vulgarisée du Mai 68 français – avec les slogans « Jouissez sans entrave », etc. – tel qu’il est souvent présenté ?  Vision dans laquelle on omet souvent de mentionner qu’à côté des mouvements étudiants de Mai 68, il y a eu aussi de grands mouvements de grèves nationales et revendications ouvrières ?

En fait, j’ai analysé Mai 68 uniquement à travers les revendications estudiantines. Et je pense que la revendication des étudiants dans le contexte sénégalais était beaucoup plus politique et beaucoup plus axée sur des revendications démocratiques. Contrairement aux étudiants français qui militaient à cette époque beaucoup plus pour une libéralisation des mœurs, et un rejet de toute autorité.

 

Il y a un certain paradoxe dans votre livre : pour évaluer la démocratie sénégalaise, vous prenez comme point de référence la démocratie occidentale.

Or, cette dernière n’a jamais autant été remise en cause qu’en ce moment : taux d’abstention toujours plus élevé en France (hors présidentielles), mouvement des Indignés en Europe et aux États-Unis, revendications de « démocratie réelle », ou encore l’importante mobilisation étudiante au Québec

Un mot sur tout ça ?

Les principes démocratiques sont universels et intangibles. Alors, j’ai évalué la démocratie sénégalaise en fonction de ces principes tout en faisant des analogies, par rapport au fonctionnement démocratique de certains pays occidentaux, considérés comme des références.

Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il existe une véritable crise de la démocratie et de la représentativité politique, partout dans le monde. De plus en plus, les peuples se rendent compte de l’incapacité des acteurs politiques à prendre en charge leurs aspirations démocratiques dans un contexte d’inégalités sociales effarantes. Il y a une véritable lame de fond révolutionnaire qui se trame, au niveau mondial, à travers le mouvement des Indignés.

J’ai décris cet état de fait dans l’introduction du livre, car on ne peut pas être insensible à ce ras-le-bol des peuples face aux dérives du capitalisme financier. La démocratie est partout menacée.

 

D’ailleurs, le Sénégal connait depuis l’an dernier un phénomène un peu similaire : le mouvement « Y en a marre », lancé par la jeunesse et quelques artistes du pays. Pouvez-vous en parler un peu ?

Le mouvement « Y en a marre » est la résultante d’une indignation généralisée qui sévissait au Sénégal face à la vie chère, aux coupures intempestives d’électricité et au projet de dévolution dynastique du pouvoirque l’on prêtait, à tort ou à raison, au président Wade.

Des membres du mouvement « Y en a marre » au Sénégal.

Ce mouvement est composé de jeunes aux profils sociologiques divers : artistes, rappeurs, journalistes, étudiants, élèves, marchands… Il est bien organisé et bien structuré. Il faut dire qu’à la base de ce mouvement, se trouvent des groupes de rap contestataires qui ont usé de la chanson pour dénoncer les dérives du pouvoir.

Les rappeurs ont toujours constitué une force de mobilisation et d’actions citoyennes au Sénégal. Le mouvement « Y en a marre » s’inscrit dans la dynamique du mouvement « Boul falé » [« T’occupes pas », en wolof] des années 90, initié par le lutteur Mohamed Ndao Tyson, et les rappeurs DJ Awadi et Doug E. Tee, du groupe Positive Black Soul. Ils s’étaient fait remarquer par leurs critiques acerbes et radicales du régime socialiste d’Abdou Diouf, jusqu’à l’alternance du 19 mars 2000 avec l’arrivée de Wade au pouvoir.

Ensuite est arrivé « Y en a marre », un autre mouvement propulsé par des rappeurs, contribuant à la défaite électorale de Wade. On ne peut pas dire véritablement que le Printemps arabe a influencé les jeunes Sénégalais dans leur contestation du pouvoir. Donc, ce n’est pas un fait nouveau de voir, dans notre pays, de jeunes rappeurs engagés faisant irruption dans le jeu démocratique.

Mais l’originalité de « Y en a marre » réside dans le fait qu’il travaille pour l’éclosion d’un nouveau type de Sénégalais, pour la moralisation de la vie politique et un engagement civique sans faille pour l’émergence économique du pays.

 

Dans votre livre, vous n’abordez pas la dimension « Françafrique ». Ou le poids de l’Occident sur la politique intérieure africaine. Pourquoi ne pas aborder cette dimension ? Vous ne la trouviez pas intéressante ? Ou Minime ? Ou alors, elle ne concerne tout simplement pas votre « cible », le Sénégal ?

Quand on parle de la Françafrique ont fait souvent allusion à ce système de réseaux, d’influence et de relations « obscures », ou même opaques entre les dirigeants, les hommes d’affaires français et la plupart des présidents africains.

Ce genre de système est beaucoup plus visible et est même une réalité dans les pays africains dotés de ressources naturelles et minières considérables comme le Gabon, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Congo Brazza… Tout ça pour dire qu’au Sénégal, la dimension Françafrique est presque inexistante et n’a pas de prise sur la marche politique du pays.

 

(Suite, page 5)

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Un Commentaire

  1. basery

    18 octobre 2013 à 13 h 14 min

    laine, t’a une vsin un eu étriquée de la déocratiqie, fais un détour sur l’histoire et la sociologie our corendre tute démocratiqe trouve sa quintessebnce dans ses deux pôles

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