Lamine Souané : « Sénégal. Histoire d’une démocratie confisquée »

Par
Publié le 5/12/2012
"Sénégal. Histoire d'une démocratie confisquée"

3. Le citoyen sénégalais.

 

Vous écrivez en introduction : « En démocratie, rien ne peut se faire efficacement et valablement sans le consentement du peuple. » Le « peuple » justement. Dispose-t-il des outils nécessaires pour se forger une opinion politique ? Y a-t-il, par exemple, un accès égalitaire à la scolarisation et à l’Éducation au Sénégal ?

Les Sénégalais sont bien informés grâce à l’existence de plusieurs chaînes de télés et de radios privées. Le journal télévisé est diffusé en français, ainsi que dans les langues nationales.

Les débats politiques sont organisés dans les langues nationales, particulièrement le wolof qui est la langue la plus parlée après le français. La revue de presse se fait aussi en français et en wolof. Donc il y a un accès facile à l’info.

Quant au niveau de scolarisation du Sénégal, il reste dans une proportion élevée. Je ne détiens pas les chiffres exacts qui sont souvent fluctuants. Il y a cependant une inégalité dans l’accès à l’éducation scolaire. Les filles, par exemple, sont moins scolarisées, surtout dans les zones rurales.

En dehors de l’école, il existe des structures et des associations bénévoles qui s’engagent dans l’alphabétisation de certaines couches défavorisées de la population.

 

Une chose intéressante à propos de l’Éducation : vous semblez parfois chercher à expliquer au lecteur certains fonctionnements des institutions politiques sénégalaises. Par exemple, lorsque vous détaillez le rôle du parlement face au gouvernement.

Faut-il y voir justement une volonté « d’éducation » pour des lecteurs non-initiés, qui ne connaissent pas forcément le fonctionnement des institutions ?

Oui. C’est à titre pédagogique. C’est aussi un moyen de sensibiliser les gens qui n’ont pas une certaine culture politique. Qui ne connaissent pas le fonctionnement du pouvoir législatif et du rôle fondamental de l’élu, en tant que représentant légitime des citoyens.

 

Vous écrivez également : « La civilité exige un comportement de citoyen responsable », en regrettant qu’il y ait, parfois, lors de grève ou manifestation, des « actes de vandalisme » portés sur les biens de l’État ou des institutions. D’un autre côté, vous dénoncez une certaine corruption qu’il peut exister chez ces mêmes institutions.

Est-il facile de demander au citoyen le respect de ces dernières, quand elles-mêmes ne respectent pas la loi ?

Rien ne peut justifier les pillages, les actes de vandalisme portés sur les biens de l’État et sur la propriété privée. Dans un espace civilisé, on reconnait la manifestation pacifique, le dialogue, la négociation comme seuls moyens de gestion des conflits sociaux.

On peut comprendre la colère de certains manifestants à l’égard des autorités politiques. La responsabilité de ces dernières est parfois engagée, car elles ne font rien pour endiguer la contestation sociale.

Mais rappelez-vous, en France, du vaste mouvement de contestation et de grève sociale contre le Contrat premier embauche [CPE] du gouvernement Villepin [année 2006]. Les syndicats ouvriers et étudiants ont exercé une énorme pression, poussant le président Chirac à retirer ce projet de loi. Pour autant, que je sache, il n’y a pas eu de saccages et de pillages sur les biens publics, ni sur les propriétés privées.

Je ne relate que des faits sans aucune appréhension. L’État, c’est nous. Donc on doit préserver nos lieux et nos richesses publiques. Surtout dans nos pays qui sont en manque criard d’infrastructures modernes.

 

Vous notez que le Sénégal a toujours été épargné des violences ethniques et religieuses. Pensez-vous que la situation actuelle du Nord-Mali, désormais contrôlé par plusieurs groupes islamistes, pourrait se propager chez vous ?

Le Sénégal a des ressorts socioculturels considérables, magnifiés par la plupart des observateurs de l’actualité africaine. C’est un pays dans lequel il existe une cohésion sociale réelle et une entente cordiale entre musulmans et chrétiens, qui représentent les deux religions majeures.

L’islam est la religion la plus pratiquée avec 95% de musulmans. Malgré tout, le premier président du Sénégal, en l’occurrence Léopold Sédar Senghor, était un chrétien d’ethnie sérère. Il a gouverné le pays sans problème, ni troubles religieux ou ethnique.

Au Sénégal, il existe un islam confrérique modéré, et une tolérance religieuse bien ancrée. Les chefs religieux de l’Église, tout comme les marabouts, sont des régulateurs sociaux. Un puissant levier de pacification de la vie politique.

Ainsi, il serait difficile de concevoir que ce qui se passe au nord du Mali, avec la présence de groupes islamistes revendiquant la charia comme mode de gouvernement, puisse se répercuter au Sénégal. Même si l’on peut noter la présence de certains jeunes Sénégalais au coté des combattants islamistes dans cette zone, on ne peut en conclure que le Sénégal sera atteint par cette vague déferlante de groupuscules islamistes.

Maintenant, aucun pays ne peut dire qu’il est totalement à l’abri de la nébuleuse terroriste. Nous sommes dans un monde où les frontières sont poreuses, surtout dans la zone de l’Afrique sahélienne. Et il existe une véritable faillite des États en matière de sécurité, en plus d’une conjoncture économique difficile où les jeunes sont de plus en plus désespérés face à l’absence de perspective.

 

(Suite, page 4)

Pages : 1 2 3 4 5 6

Un Commentaire

  1. basery

    18 octobre 2013 à 13 h 14 min

    laine, t’a une vsin un eu étriquée de la déocratiqie, fais un détour sur l’histoire et la sociologie our corendre tute démocratiqe trouve sa quintessebnce dans ses deux pôles

Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>