À Antony, expulsions d’étudiants et démolition de la plus grande cité universitaire de France

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Publié le 13/11/2012
Expulsion d'étudiants de la Cité U Jean Zay à Antony

La plus grande cité universitaire de France, à Antony (Hauts-de-Seine), est en pleine phase de démolition. Des collectifs de résidents dénoncent des choix politiques inadaptés et se mobilisent pour la réhabilitation des logements.

(Illustration : démolition de bâtiments de la cité universitaire d’Antony)

(=> Article publié le 26 août 2010, sous le titre « Les étudiants, ces gêneurs… » dans l’hebdomadaire Politis, n°1115).

Imaginez : onze hectares de terrains à Antony, dans les Hauts-de-Seine, face au parc de Sceaux, à proximité du RER B et à vingt minutes de Paris. Des espaces verts, des pistes cyclables qui rejoignent la ville, des équipements sportifs et culturels, un centre médical et dentaire, une salle de projection, des groupes d’études et des bibliothèques, un restaurant universitaire… Et, surtout, sept bâtiments d’une capacité de plus de deux mille logements, dont le loyer minimum s’élève à 137 euros par mois !

Ce lieu, c’est la résidence universitaire Jean Zay d’Antony (RUA), la plus grande de l’Hexagone, qui représente à elle seule 16% du logement social étudiant en Île-de-France. C’est du moins la description que l’on pouvait donner d’elle il y a encore un an.

Après un transfert de propriété effectué en janvier 2009, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) de Versailles a dû céder ses droits, gratuitement, à la Communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre (CAHB), dont dépend la ville d’Antony. Cela, grâce à la « loi relative aux libertés et responsabilités locales », présentée en 2004 par Patrick Devedjian, alors ministre délégué aux Libertés locales, et amendée en 2007.

L’article 66 de cette loi stipule : « Les biens appartenant à l’État et affectés au logement des étudiants sont transférés (…) aux communes ou aux établissements publics de coopération intercommunale qui ont demandé à [en] assumer la charge (…). Ce transfert se fait à titre gratuit et ne donne lieu au paiement d’aucune indemnité (…) ». Mettant en avant la « vétusté » des infrastructures, la CAHB se lance alors dans un projet bien particulier de remise aux normes.

Premiers « travaux », premières expulsions

Tout commence en juin 2009. Un panneau d’affichage informe les résidents du bâtiments C qu’ils doivent quitter leur logement avant la fin du mois « pour cause de travaux ». En réalité, le bâtiment, qui accueille 548 chambres, ainsi qu’une école maternelle à son rez-de-chaussée, doit être muré en vue de sa prochaine destruction.

Dans le même temps, de nombreux résidents reçoivent un courrier de « non-réadmission » de la part du Crous de Versailles, toujours gestionnaire des lieux. Pendant plusieurs mois, une grande vague d’expulsions déferle sur la cité U. Les effets personnels des « non-réadmis » sont évacués des chambres par des déménageurs et les serrures changées. Parfois même pendant l’absence des locataires.

Certains résidents commencent à se regrouper et créent quelques collectifs. Parmi ceux-là, Sauvons Jean Zay. Une de leurs membres, qui préfère rester anonyme par crainte de perdre son logement, se souvient : « En général c’est M.Vinzio, le directeur de la résidence, qui venait et ouvrait les chambres. Dans le bâtiment C, des plaques de métal étaient placardées sur les portes pour empêcher l’accès. Sur le seul mois de juin, quatre équipes de déménageurs tournaient en permanence sur la cité U. »

« Ce ne sont pas des expulsions, mais des exclusions ! »

Une personne d’un autre collectif, Halte aux expulsions, raconte : « Lors de ces expulsions, j’ai vu des femmes enceintes se faire virer, des malades, des étudiants qui rentraient tranquillement de cours et qui ont découvert toutes leurs affaires personnelles abandonnées en bas des bâtiments. Rien n’a été respecté, pas même les règles légales. »

Les étudiants contactent alors un avocat, Me Hosni Maati : « Dans la cadre d’une procédure d’expulsion dans les règles, un tribunal d’instance doit se prononcer. Ici, aucune mise en demeure ne semble avoir été lancée. Donc là, il y a illégalité, de mon point de vue, précise celui-ci. J’ai suivi le cas d’un résident. On a déposé un référé sur le champs. Mais lors du “déménagement” de sa chambre, de nombreux papiers administratifs ont été perdus. Du coup, nous n’avons pas pu faire valoir ses droits et l’affaire n’a pas connu de suite. »

Pour Mme Bir, directrice du Crous de Versailles, ces expulsions n’ont rien d’illégal : « Ce ne sont pas des expulsions, mais des exclusions !, insiste-t-elle fermement. L’étudiant est “titulaire” de sa chambre, pas locataire. On est dans le droit administratif ici, et non dans le droit privé. Il y a eu une procédure réglementaire suivie. Les gens ont été prévenus. »

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5 Commentaires

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