À Antony, expulsions d’étudiants et démolition de la plus grande cité universitaire de France

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Publié le 13/11/2012
Expulsion d'étudiants de la Cité U Jean Zay à Antony

Une capacité d’accueil réduite de moitié

Quoi qu’il en soit, les étudiants ne sont pas au bout de leur peine. Le sort réservé au bâtiment C n’est qu’un début. Un protocole d’accord signé fin 2009 entre le département des Hauts-de-Seine, désormais présidé par Patrick Devedjian, la CAHB, dirigée par Georges Siffredi (UMP) et le Crous de Versailles, prévoit, à l’échéance 2013, la démolition totale des bâtiments G et H (542 places), et la démolition partielle des bâtiments D et F (823 places). A Nanterre, réhabiliter pour mieux détruire ?

Les logements disponibles restants, dont les bâtiments A (311 chambres) et E (312 chambres) doivent, eux, être réhabilités. Mais la réhabilitation aussi pose problème (voir encadré). Au final, sur la capacité d’accueil initiale de 2 536 étudiants qu’offrait la cité U, il ne devrait rester plus que 1 200 chambres, selon le Crous de Versailles.

Contactée, la Communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre, nouvelle propriétaire de la résidence universitaire, justifie ces opérations : « La fermeture et la réhabilitation de certains bâtiments est nécessaire, car il sont vétustes et sans avenir, assure un interlocuteur haut placé de la CAHB. Cependant, nous avons pris un engagement en terme de reconstruction du logement étudiant. Pour un logement supprimé, 1,20 sera créé. Soit 20% de logements en plus. »

À ce jour, seuls 160 nouveaux logements ont été crées… à Boulogne-Billancourt. Et si la résidence universitaire d’Antony, inaugurée en 1956, souffre du temps, on peut y trouver une raison simple : aucun réaménagement n’a été effectué en près de soixante ans.

Pour Pascale Le Néouannic, présidente du groupe Front de gauche & Alternatifs au Conseil régional, membre de l’Association des amis de la RUA, pas besoin de chercher loin pour trouver les fautifs. « Le Crous a clairement préparé le terrain à la CAHB et a facilité son travail, accuse-t-elle. Il a créé les conditions de pénurie, en laissant pourrir la cité U. Il n’a pas du tout défendu les étudiants, en organisant en plus des expulsions manu-militari. »

Un projet qui ne date pas d’hier

En réalité, la démolition de la résidence a commencé bien avant 2009. Dans ce dossier, un nom revient inlassablement. « Devedjian, ça fait vingt-cinq ans maintenant qu’il veut détruire la cité U ! lance Pascale Le Néouannic. En 1983, quand il est élu maire d’Antony, il déclare : “Je veux faire d’Antony un petit Neuilly”, et ajoute que la cité U “est un handicap pour la ville”. »

Dès 1986, le bâtiment B (450 chambres) est détruit. À la place de celui-ci s’élèvent une sous-préfecture et un commissariat, toujours en service aujourd’hui, ainsi qu’un « centre d’affaire » dont les bureaux sont pour la plupart encore inoccupés.

Pas de quoi rassurer les résidents actuels, à l’heure où le logement social étudiant est déjà en crise. Quant à l’avenir de la résidence Jean Zay à Antony, les rumeurs vont bon train : certains parlent d’un « écoquartier », d’autres d’« une grande coulée verte », ou encore de « la livraison des terrains à la promotion privée ». À la CAHB, on certifie sur un ton sarcastique qu’ « aucune décision n’est encore prise sur l’avenir de la RUA. D’ailleurs, pour l’instant, il n’y a même pas de projet dans les cartons. »

En attendant, les cartons, ce sont les résidents qui doivent les préparer. Si l’avenir de la cité U d’Antony reste en suspens, ses terrains sont devenus un véritable champs de bataille politique. Et, comme le montre l’exemple du campus de Nanterre, ce sont les étudiants les plus précaires qui en payent le prix.

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Actualisation, novembre 2012 :

Par décision du tribunal administratif de Versailles du 10 mai 2012, le transfert de la cité universitaire Jean Zay à la Communauté d’agglomération des Hauts-de-Bièvre (CAHB) a été annulé. La résidence se retrouve de nouveau entre les mains de l’État et le projet de démantèlement initié par la CAHB est donc remis en cause. Cependant, l’Association des amis de la RUA informe qu’un recours en appel de cette décision a été déposé en juillet dernier par la Communauté d’agglomération, ainsi que – plus inattendu – par le ministère de l’Intérieur.
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Et aussi sur DiversGens.com :
Logement : séries d’expulsions malgré le trêve hivernale.

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À voir :

=> Reportage « Les étudiants sur la paille », Envoyé Spécial, France 2.
=> Reportage « La résidence universitaire d’Antony », Radio France culture, 17 juillet 2009.

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5 Commentaires

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