Attention aux dates ! Article rédigé et publié pour un autre support, en novembre 2010.

Brésil : Lula vu des favelas

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Publié le 13/11/2012
Le bilan de la politique de Lula, vu des favelas

Après huit années passées à la tête de la République fédérative du Brésil, le président Lula a réussi à hisser son pays au huitième rang de l’économie mondiale [devenu, en 2011, la 6e économie mondiale]. Il s’est également démarqué de ses concurrents politiques grâce, notamment, aux diverses aides sociales allouées aux plus démunis durant son mandant. Pour autant, que pensent réellement les Brésiliens de l’ex-métallurgiste ? Rencontre.

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[Illustration : "Lula vu des favelas", Corentin Rouge]

(=> Article publié en novembre 2010 dans le journal L’Autre-ment, suite à l’élection de Dilma Rousseff au poste de présidente du Brésil, le 31 octobre 2010).

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« Je pense que le gouvernement Lula a été très bon. Il a aidé beaucoup de gens », nous confie d’emblée João, un ouvrier de 35 ans de São Gonçalo, une ville de l’État de Rio de Janeiro. Un avis qui semble loin d’être isolé, vu la côte de popularité de plus de 80 points accréditée à Luiz Inácio Lula da Silva (Lula), à l’approche de ces nouvelles présidentielles.

Autant dire que celui qui a débuté sa carrière politique en tant que métallurgiste au sein du Parti des travailleurs (PT), avait tout pour être réélu dès le premier tour, le 3 octobre 2010. Un seul obstacle pourtant : il n’a pas pu poser sa candidature.

Ayant déjà brigué deux mandats au plus haut poste de l’État, la Constitution brésilienne lui interdit de se présenter une troisième fois. C’est donc son ancienne chef de cabinet, Dilma Rousseff, qui a été choisie pour représenter le Parti des travailleurs aux élections. Sans surprise, elle est élue, le 31 octobre 2010, première femme présidente du Brésil, avec 55,39% de voix (contre 44,61% pour son concurrent, José Serra, candidat du Parti social démocrate brésilien).

« Bolsa Familia », la réforme emblématique de Lula

Au sujet de la candidate, l’ouvrier João est cette fois plus nuancé : « Dilma, je lui fais pas trop confiance. Politiquement, elle n’a jamais rien fait. Mais puisqu’elle est maintenant élue, il faut qu’elle continue ce que Lula a commencé. » João fait ici référence au programme « Fome Zero » (Faim zéro), initié par Lula dès son arrivée à la tête du pays.

L’objectif affiché de ce programme était de permettre « à tous les Brésiliens d’avoir accès à trois repas par jour », selon les propres mots du président, énoncés le jour de son investiture. D’après les chiffres officiels, cette action politique aurait permis à 19,4 millions de personnes (sur plus de 192 millions d’habitants que compte le Brésil) de sortir de la pauvreté.

Outre l’augmentation du salaire minimum [1], ou l’accès facilité à la scolarisation pour les enfants des familles les plus démunies, la réforme emblématique du programme Fome Zero reste la « Bolsa Familia » (Bourse familiale) : une aide mensuelle allant de 22 à 200 reais [soit 9,46 euros à 92 euros] pour chaque enfant mineur issu de familles ayant un revenu inférieur à 140 reais par mois [environ 60 euros]. À condition que ces derniers soient scolarisés et suivent des bilans de santé réguliers.

Une aide financière à relativiser

Rosanne, elle aussi habitante de São Gonçalo, travaille en tant que femme de ménage. Mère de trois enfants, elle nous explique : « Je reçois 22 reais de Bolsa familia pour chacun de mes trois fils. Certes, c’est une aide. Mais c’est très peu, car ici les choses sont chères. Par exemple, si tu veux acheter un vêtement pour tes enfants, c’est entre 25 et 30 reais. Je peux même pas leur prendre un pantalon avec ça. Et la nourriture ! Cinq kilos de riz, c’est déjà 10 reais ! »

À propos du sentiment général sur la politique de Lula, elle répond : « D’une façon générale, les gens l’approuvent. C’est toujours de l’argent qui rentre. Au Brésil, la majorité du peuple est pauvre. Le peu qu’on lui accorde lui semble déjà merveilleux. C’est comme si tu donnes un bonbon à un enfant affamé. Il aura toujours faim après, mais il sera déjà content du peu que tu lui as donné. Quand on est pauvre, un rien nous satisfait. »

Elle ajoute : « Lula, je pense qu’il n’est pas un mauvais président. J’avais voté pour lui. Et j’ai voté pour Dilma. Pour donner une continuité à ce qu’il a fait. Car ici, on a peur que si quelqu’un d’autre arrive au pouvoir, il nous coupe tout. »

Le Brésil, un des pays les plus inégalitaires du monde

Cette demande de « continuité », la candidate Dilma Rousseff en a d’ailleurs fait son thème de campagne privilégié. Pour autant, le programme « Fome zero » n’a pas permis au Brésil d’échapper à ses contradictions sociales : si le pays s’est hissé à la huitième place de l’économie mondiale en 2009, l’écart entre les revenus des habitants les plus riches et ceux des plus pauvres ne cesse de s’accroître.

Avec un tiers de la population vivant sous le seuil de pauvreté, le Brésil reste l’un des pays les plus inégalitaires de la planète. Au regard de cette situation, certains qualifieront « Fome zero » de programme en « trompe-l’œil ». Et la précarité des millions de Brésiliens parqués dans les « fameuses » favelas – résultantes d’une politique d’urbanisation sauvage – n’a que peu de probabilité de changer.

 

[1] Le salaire minimum brésilien s’élevait à 415 reais (environ 178 euros) lorsque cet article a été écrit, en novembre 2010. Sur la base de 1 real = 0,43 euros.(retour au texte)

 

(Suite, page 2)

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