Les Devoirs de mémoire

11 décembre 1977 : décès de Saïda Menebhi, « la martyre du peuple marocain »

Par
Publié le 11/12/2012
Portrait Saïda Menebhi Maroc

Le 11 décembre 1977, au Maroc, la prisonnière politique Saïda Menebhi, 25 ans, décède affaiblie d’une longue grève de la faim. Connue autant pour son engagement au sein du mouvement communiste Ila al amam que pour ses poèmes écrits en prison, son visage symbolise encore aujourd’hui celui de « la martyre du peuple marocain ».

 

Saïda Menebhi naît en septembre 1952 à Marrakech. Alors qu’elle obtient son baccalauréat, elle part à l’université de Rabat, où elle étudie la littérature anglaise. Sur place, elle fait la connaissance de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), fondée en 1956 et proche du Parti de l’istiqlal (« le Parti de l’indépendance »). Très vite, elle devient une militante active de ce syndicat étudiant, à travers sa composante communiste la Voie démocratique basiste, qui revendique notamment l’indépendance du Sahara occidental.

Moral d’acier et années de plomb

Dès les années 60, le Maroc, alors sous l’autorité du roi Hassan II [précédent roi du Maroc, décédé en 1999 après 38 ans de règne, et depuis remplacé par son fils Mohamed VI], connaît une violente répression contre les mouvements politiques d’opposition.

Durant ces « années de plomb », de nombreux mouvements seront interdits et leurs militants arrêtés. En 1973 et pendant cinq ans, l’Union nationale des étudiants du Maroc sera inscrite sur la liste noire et ses activités prohibées dans tout le pays.

Saïda Menebhi, en parallèle de sa formation universitaire, commence à enseigner l’anglais au collège de Rabat. C’est à cette période qu’elle intègre l’Union marocaine du travail (UMT), et qu’elle rejoint également le mouvement communiste marocain Ila al amam (« En avant »), d’inspiration marxiste-léniniste.

Le 16 janvier 1976, alors que la répression et les arrestations s’intensifient au Maroc, Saïda Menebhi et trois autres militantes sont arrêtées à Rabat, pour leurs activités politiques au sein d’Ila al amam.

Tortures physiques et psychologiques

La jeune communiste, alors âgée de 24 ans, sera enfermée au centre de détention de Derb Moulay Cherif, à Casablanca, plus connu pour ses sévices pratiqués sur les prisonniers que pour son respect des droits humains.

Elle entame, en même temps que plusieurs autres militants ,une première grève de la faim afin d’exiger la tenue d’un procès. Trois mois plus tard et après de nombreuses tortures physiques et psychologiques, Saïda Menebhi sera finalement présentée devant un juge d’instruction, avant d’être incarcérée à la prison Oukacha de Casablanca, dans l’attente de son jugement.

En janvier 1977, un an après son arrestation, elle comparaît, aux côtés de 138 autres inculpés, au procès de Casablanca. Tous seront jugés coupables et condamnés à cinq ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État.

Durant le procès, Saïda Menebhi réaffirmera son soutient au peuple saharoui et à son indépendance. À la barre des accusés, elle dénoncera également l’oppression subie par les femmes marocaines dans tout le pays. Des propos qui lui vaudront les applaudissements de la salle, mais pour lesquels elle sera condamnée à deux ans d’incarcération supplémentaires pour injure à magistrat, en plus des cinq ans déjà écopés.

Isolement et nouvelle grève de la faim

Tandis que les 138 condamnés sont incarcérés à la prison de Casablanca, quatre d’entre eux, dont Saïda Menebhi, seront placés en isolement à la prison de Kenitra, au nord de Rabat.

Le 10 novembre 1977, une nouvelle grève de la faim est lancée. Simultanément suivie par l’ensemble des condamnés du procès de Casablanca, dans leurs prisons respectives. Les grévistes réclament l’obtention du statut de prisonniers politiques, le respect des droits humains et des conditions de détention décentes, ainsi que la fin de l’isolement pour leurs quatre camarades.

Cette nouvelle grève de la faim (la troisième depuis son arrestation) sera fatale à Saïda Menebhi. La jeune militante, dans un état de santé déjà critique, est transférée à l’hôpital Averroès de Casablanca.

Mais face à son affaiblissement avancé, et par manque de soins appropriés, la Marocaine Saïda Menebhi, alors âgée de 25 ans, décède, le 11 décembre 1977, après 34 jours de grève de la faim.

 

Au Maroc, Saïda Menebhi est également connue pour avoir écrit de nombreux poèmes, avant et pendant ses années de prison, dans lesquels elle dénonçait le régime politique et parsemait ses convictions et son espoir d’une société meilleure.

Lire la retranscription de quelques poèmes de Saïda Menebhi.

 

<= Lire le « Devoir de mémoire » de novembre              « Devoir de mémoire » de janvier =>
29 novembre 1947 :                                                                                            5 janvier 2008 :
Vote à l’ONU du plan de partage de la PalestineRévolte du bassin minier de Gafsa en Tunisie

——————————————————–

Et aussi sur DiversGens.com :
Tunisie : témoignages de familles de martyrs et blessés du Printemps arabe.

————————————————–

À lire :
« Plus jamais ça ! », extraits de témoignages d’anciens détenus de Derb Moulay Cherif, sur Maroc-hebdo.ma.
« Témoignage de Daoud El Khadir sur une disparition de 15 ans », autre témoignage d’un détenu de Derb Moulay Cherif, sur Sahara-occidental.com.
« Les cachots secrets d’Hassan II », Liberation.fr, 9 juin 2005.
« Un rapport officiel déplore des traitements “inhumains” dans les prisons marocaines », Humanite.fr, 30 octobre 2012.

 

3 Commentaires

  1. Pingback: Tunisie : témoignages de familles de martyrs et blessés du Printemps arabe

  2. Pingback: Plan de partage de la Palestine du 29 novembre 1947

  3. Pingback: 5 janvier 2008: révolte du bassin minier de Gafsa en Tunisie

Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>