Logement : séries d’expulsions malgré la trêve hivernale

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Publié le 8/12/2012
Banderole du DAL déployée après l'expulsion des habitants de la Plaine Saint-Denis.

L’association Droit au logement (DAL) dénonce une troisième expulsion collective depuis le début de la trêve hivernale. Elle appelle le gouvernement à faire respecter la loi, ainsi que le droit à l’hébergement pour tous.

[Illustration : banderole du DAL déployée le 7 décembre 2012, après l'expulsion d'habitants de la Plaine Saint-Denis.]

 

En matière de logement, le 1er novembre marque peut-être le début de la trêve hivernale, mais pas forcément celle des expulsions. Après l’évacuation, le 13 novembre dernier, d’une trentaine de personnes à Rennes, puis de plus de deux cent migrants au « squat de Pacé », le collectif du Droit au logement (DAL) dénonce une nouvelle expulsion collective à la Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Une famille avec quatre enfants, une mère célibataire et sa fille de quatre ans, ainsi que dix autres personnes, ont été expulsées de leurs appartements, ce mardi 4 décembre, dans la matinée.

Habitants « sans titre » d’un bâtiment racheté par une société privée à la mairie de Saint-Denis, certains reversaient malgré tout une indemnité mensuelle d’occupation. Un « loyer » que le nouveau propriétaire semble refuser d’encaisser depuis avril 2012, d’après le DAL.

Presque autant de sans-abri que de logements vacants

Alors que la ministre du Logement, Cécile Duflot, a annoncé la « probable » réquisition de locaux vacants d’ici la fin de l’année, pour Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, la trêve hivernale est « violée comme jamais » depuis sa création par la loi de 1956, suite à l’Appel de l’abbé Pierre de l’hiver 1954.

« Il y a un double discours du gouvernement, regrette-t-il. D’un côté on tape sur les plus démunis, et de l’autre, on réclame les réquisitions. De plus, la loi n’est pas respectée, puisque celle-ci exige que les personnes sans abri et en détresse doivent être hébergées dans un établissement d’urgence. »

Quant aux réquisitions promises par le gouvernement, le DAL a affirmé qu’il les « attendait », rappelant qu’en plus des églises, de nombreux bâtiments vides appartenant à des personnes physiques ou morales, telles que les banques ou les sociétés, pourraient servir d’accueil aux personnes aujourd’hui sans toit. [Voir la carte du DAL des « immeubles à réquisitionner à Paris »].

L’association énumère également quelques chiffres : la France compterait plus de 3 millions de sans-abri ou mal logés, tout en disposant de près de 2,5 millions de logements vacants.

« Je travaille, j’ai un CDI. Je ne comprends plus le système. »

Dans un premier temps, les habitants de la Plaine Saint-Denis expulsés mardi dernier, accompagnés du DAL et d’un collectif de mal-logés, ont érigé un campement au pied du bâtiment duquel ils ont été chassés.

Des négociations ont finalement été engagées avec la préfecture. Les deux familles et leurs enfants ont pu intégrer un hébergement dans une ville voisine, jusqu’à leur relogement définitif. Tandis que les dix autres personnes, toutes célibataires, sont accueillies en centre d’hébergement d’urgence, jusqu’à la fin de l’hiver.

Pour N’Gom, qui vit avec sa fille de 4 ans, la situation est inexplicable. Elle raconte :

« Chaque année, depuis 2004, je dépose une demande de logement à la préfecture. Mais il y a toujours un problème. On nous demande toujours plus de cautions, plus de garants… Pourtant, je travaille. Je suis en CDI. Avec les aides sociales, je touche environ 1 200 euros par mois. Qu’est-ce qu’il faut de plus ? Je ne comprends plus le système. »

Le DAL a depuis demandé, dans un communiqué, à la ministre Cécile Duflot « d’appeler les préfets à respecter la trêve hivernale, y compris pour les squatters ».

Et l’association de s’inquiéter que ces séries d’expulsions depuis le 1er novembre lèvent le « tabou » de la trêve hivernale. Avec le risque d’assister à d’autres mises à la rue, notamment des populations les plus vulnérables, tels que les femmes, les enfants, les migrants, ou encore les handicapés.

 

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Et aussi sur DiversGens.com :
À Antony, expulsions d’étudiants et démolition de la plus grande cité universitaire de France.

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À voir :
« L’abbé Pierre lance son appel en faveur des sans-logis », INA, 4 février 1954.

À lire :
« Logements vacants : le DAL dénonce “l’inertie” du gouvernement », Libération.fr, 27 octobre 2012.
« Rapport 2012 sur le mal-logement en France », Fondation Abbé Pierre, 1er févier 2012.

À consulter :
Droitaulogement.org, site de l’association Droit au logement (DAL).

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